Dessin de Suzanne Aillot © MSH SUD
Mon mari est resté sept semaines à l’hôpital, on n’a pas pu aller le voir pendant tout ce temps ! Je n’avais pas le cœur à sortir ni à manger. Je n’avais pas envie d’aller m’exposer, risquer d’attraper cette cochonnerie. Je ne voulais pas contaminer mon mari, au cas où je pouvais le voir, mais comme je n’ai pas pu le voir…
Au niveau alimentaire, c’est pareil, ce sont des histoires qui se superposent. Mon mari avait un cancer. Tout le temps où lui ne pouvait pas s’alimenter, je ne pouvais pas me taper des entrecôtes de charolais devant lui, vous comprenez ? On a mangé de la purée vico, tant qu’il pouvait en manger, et des petits pots bébé.
Pour les gens malades, la période Covid a été considérablement aggravante. Parce que quand vous avez quelqu’un qui est hospitalisé… Moi quand j’ai entendu que les terrasses étaient libérées, et des gens qui étaient restés enfermés avec comme seul souci d’aller boire un demi à 8 euros ! J’étais en colère.
C’était vraiment terrible. Terrible. Et croyez-moi, ne pas revoir son proche, savoir qu’il va mourir nu, sans qu’on lui apporte de vêtements, avec peut être un aide-soignante qui lui tient la main si elle a deux minutes. Ca laisse beaucoup de marques ça.
(Une mamie dans le parc Tastavin, avec ses petits-enfants, 16 juin 2021).