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Les balades urbaines
Montpellier, Juin et octobre 2021

Quelques semaines après le confinement

Une équipe de chercheurs, architectes, sociologues, urbaniste, anthropologues, géographes, et une dessinatrice, ont marché à la rencontre d’habitants…

Urbanistes, sociologues, géographes, architectes, dessinateurs, étudiant.e.s, nous avons marché à la sortie du confinement depuis le cœur métropolitain de Montpellier jusqu’aux quartiers périphériques et aux communes voisines.

Nous avons discuté avec les habitant.e.s de l’impact de la crise sanitaire Covid-19 sur leurs pratiques alimentaires, leurs mobilités et leurs perceptions du paysage alimentaire urbain en période de confinement.

Les paroles collectées ont étés rassemblées sur des feuilles de 4 mètres, avec une coupe de l’espace traversé, des photos, dessins, croquis et extraits sonores recueillis lors des marches. Cette restitution a pris place dans l’espace public, sur l’Esplanade de la Musique à Montpellier, le 18 juin 2021. Le public a pu s’arrêter, lire, écouter ces extraits et compléter les résultats en connectant ses expériences à celles des habitant.e.s rencontré.e.s.

Des Halles Laissac (Montpellier) à Saint-Jean-de-Védas

De la Place des Beaux-arts (Montpellier) à Carnon

De la Place des Beaux-arts à la Paillade (Mosson)

La Paillade Sud-Nord (quartier La Mosson, Montpellier)

La Paillade Est-Ouest (quartier La Mosson, Montpellier)

Résumé

Chez nombre de citadins, la suspension du temps routinier provoquée par les confinements a débouché sur des interrogations profondes.  Celles-ci se sont parfois concrétisées par un départ à la campagne, ou, pour d’autres en périphérie urbaine, par le refus de se déplacer vers le cœur métropolitain à Montpellier. Des familles ont réduit leurs mobilités alimentaires et se sont repliées dans l’espace domestique, tout en faisant état de de liens sociaux restreints à la famille, parfois dégradés avec le voisinage, ou de leur manque d’une vie publique. Les restrictions sanitaires ont conduit en partie à un appauvrissement de l’hospitalité de la ville et un ré-ordonnancement des corps. Mais le manque de vie publique et les contraintes des confinements ont aussi conduit à l’investissement de nouveaux interstices de la ville, la réappropriation de l’espace alimentaire public, l’évolution des formes de mobilités. De nouvelles formes d’appropriation de l’espace public apparaissent sur les trottoirs, les terrasses, les places, les marchés, ainsi que de nouveaux espaces de mixité, d’intimité publique et d’aise. Des espaces de flux ou marchands se sont transformés en espaces de repos. Des lieux ressources ont permis d’adoucir la crise sanitaire, notamment des lieux proposant une offre alimentaire diversifiée et de proximité, ou marqués par la présence de liant végétal et d’espaces verts, des jardins partagés, ou encore des bancs publics sur une place de quartier. Les périodes de confinement ont vu se développer des initiatives de solidarités alimentaires prenant source dans ces lieux ressources et aux seuils de la rue, parfois depuis les balcons, entre voisins et avec des passants et sans domiciles fixes. La présence de ces balcons mais aussi des jardins collectifs s’est avérée importante pour des familles dont les enfants sont peu voire ne sont pas sortis du tout pendant le premier confinement.

Méthodes et choix des itinéraires

Le transect urbain : un outil de représentation original et pluridisciplinaire

Le transect est une analyse collective in situ d’un territoire, le plus souvent pratiqué à pied, et qui s’enrichit des rencontres au fil du chemin (Buyck et Meyfroidt 2020). Il se construit par le dessin, la photo, le texte, la vidéo, autant qu’il se pratique (Tixier 2016) et donne lieu à une représentation inédite du territoire (Buyck et Meyfroidt 2020). La restitution publique des transects permet par ailleurs une mise en débat public.

Inspiré des travaux de Patrick Geddes (1925), cette méthode a récemment été explicitée et développée par l’équipe du CRESSON à Grenoble (Tixier 2016, Buyck et Meyfroidt 2020).

Le transect présente l’intérêt de provoquer une approche pluridisciplinaire à travers la construction d’un artefact commun (Pousin et al. 2015), et la mise en récit d’une succession d’histoires, situées. « Le transect permet de sortir du champ disciplinaire de chacun » (idem). Attaché au contexte, il nécessite le moins possible de codification ; chaque élément est rapporté dans son mode d’énonciation propre (un texte, une photo, une image, un son, …). Il offre un plan de travail partageable et amendable (Tixier et al. 2015).

La restitution des éléments recueillis sur une table longue (3 ou 4 mètres par transect, sur 1 mètre de large) est intéressante à différents niveaux (Tixier et al. 2015) : le format facilite la prise de parole (la largeur de la table crée un face à face autour du transect), il facilite les annotations et incite à écrire sur la table (du fait de sa grande taille et sa linéarité), enfin il est un révélateur de réalités vécues (il invite à raconter des histoires, à une représentation narrative et contextuelle).

Pour en savoir plus sur la méthodologie :

Buyck J. et Meyfroidt A. 2020. « Explorer les paysages alimentaires pour régénérer la fabrique agriurbaine », Territoire en mouvement Revue de géographie et aménagement [En ligne], 44-45 | 2020.
Geddes P., 1925. « The Valley Plan of Civilization » & « The Valley in the Town », in Survey, LIV.
Pousin, F., Marco, A., Ozdoba, M. M., Frileux, P., Bertaudière-Montès, V., Barthélemy, C., … & Perrin, J. (2015). D-Transect: Les délaissés des traversées de la Vallée de l’Huveaune. Dispersion des espèces, pratiques vernaculaires, médiations paysagères (Doctoral dissertation, LAREP; LPED; CRESSON; BazarUrbain; Coloco; Zoom).
Tixier N., Amphoux P., Buyck J., Tallagrand D., 2015. Transect urbains et récits du lieu. Des ambiances au projet, Ville, territoires, paysage, Saint-Etienne, Editions des Presses Universitaires de Saint Etienne, pp. 50‑57.
Tixier N., 2016. Le transect urbain. Pour une écriture corrélée des ambiances et de l’environnement in Sabine Barles, Nathalie Blanc (dir.), Écologies urbaines. Sur le terrain, Economica-Anthropos, PIR Ville et Environnement, pp. 130-148.

Deux ateliers in situ et cinq parcours

Atelier in situ I

Les trois premiers transects ont été réalisés en juin 2021 au cours d’un atelier à Montpellier. Nous avons déterminé trois trajets partant du cœur métropolitain vers les périphéries (Nord-Ouest, Sud, Sud-Est), de façon à parcourir des espaces d’une grande diversité. Des cartes basées sur des statistiques représentent cette diversité. Nous avons notamment considéré le bâti, les espaces verts, les espaces de vente alimentaire. Le choix de directions opposées depuis le centre ville et le traçage de lignes introduit aussi une part d’aléatoire dans nos trajets, nous amenant à traverser aussi des interstices, des espaces vacants, des friches, etc. Une fois le parcours déterminé sur une carte, les participants ont la possibilité de s’écarter de la ligne, faire des détours, emprunter des chemins de traverse, au gré des discussions et des rencontres.

Les transects ont ainsi également emprunté à la dérive urbaine (Guy Debord). Cette pratique remonte aux situationnistes, qui visaient par-là une réappropriation individuelle et collective de l’ordre rigide de la vie quotidienne et de la planification urbaine. Au final, ces bifurcations nous auront été hautement utiles, car elles nous auront permis de rencontrer des habitant.e.s peu susceptibles d’emprunter les grands axes de chaque transect.

Les marches de chaque transect ont été réalisées en équipes pluridisciplinaires de trois à quatre personnes pendant deux jours. Une dessinatrice a accompagné une des trois équipes pour proposer des croquis de situations d’entretien. Les chercheurs ont collecté des paroles issues d’entretiens (habitants rencontrés pendant la marche), des photographies des espaces traversés, réalisé des croquis, ou enregistré des sons d’ambiance.

Atelier in situ II

Deux autres transects ont été réalisés en octobre 2021, dans le quartier de la Paillade au Nord-Ouest de Montpellier (La Mosson), avec la participation des chercheurs de Rabat (Tarik Harroud) et du Caire (Noha Gamal Said), et de sept étudiants de l’Ecole nationale d’architecture de Montpellier. La même méthode de choix des itinéraires a été observée.

Organisation des ateliers : Emmanuelle Cheyns et Jennifer Buyck (juin 2021), Emmanuelle Cheyns et Khedidja Mamou (octobre 2021).
Direction scientifique sur la méthodologie des transects : Jennifer Buyck.

Localisation des cinq transects depuis Montpellier

Vous pouvez découvrir le transect associé en cliquant sur l’icône

Auteur : Pauline Rodriguez
Source : Opendata Montpellier Méditerranée Métropole, BD Topo, OpenStreetMap, 2022

Niveau de vie médian par iris dans les zones traversées

Transect Beaux Arts vers Carnon
1 : Verdanson 2 : Comédie 3 : Rimbaud 4 : Nombre d’Or 5 : Moulin de l’éveque 6 : Place de l’Europe 7 : Rives du Lez 8 : La Lironde 9 : Port Marianne 10 : Boirargues 11 :Port Ariane Vasque Fontvin Périphérie 12 : Z.A La Soriech-Commandeurs-La-Banquière 13 : Zone d’activité 14 : Centre Ville 15 : Sud 16 : Carnon
Transect Halles Laissac vers St Jean de Védas
17 : Pont de Sète 18 : St Denis 19 : Gambetta 20 : Sabathé 21 : Lepic 22 : Croix d’Argent 23 : Montcalm 24 : Marquerose 25 : Bagatelle 26 : Sud 27 : Nord 28 :
Centre-ville
Transect Beaux-Arts vers la Paillade
1 : la Paillade 28 : Beaux Arts 29 : Nazareth 30 : Archives Départementales 31 : St Odiles 32 : Boutonnet 33 : St Eloi 34 : Ecole Normale 35 : Lapeyronie 36 : Fac de Pharmacie 37 : Casseyrols 38 : Agriculture 39 : Soulas 40 : Alco 41 : Bel Air 42 : Petit Bard 43 : Pilory 44 : Blayac 45 : La Fontaine 46 : Celleneuve 47 : Le Mail Sud 48 : Le Mail Nord 49 : Bologne 50 : Les Tours 51 : Les Géméaux
Transect Paillade Nord-Sud
51 : Les Gémeaux 49 : Bologne 50 : Les Tours 52 : Oxford 47 : Le Mail Sud
Transect Paillade Est-Ouest
53 : Malbosc 44 : Blayac 51 : Les Gémeaux 49 : Bologne 50 : Les Tours 52 : Oxford 48 : Le Mail Nord 44 : Blayac

Auteur : Pauline Rodriguez
Source : FiLoSoFi INSEE 2018 Rev Disp methode Jenks, BD Topo, 2022

Fabriquer et restituer dans l’espace public

Préparer la représentation du terrain

Après la marche, les chercheurs préparent en équipe les éléments qui vont restituer sensiblement leur terrain, pour en dégager une représentation contextualisée sous forme de coupe. C’est le moment de débattre et « penser le lien entre la pratique du terrain et la représentation » (Poussin et al. 2015). Ils éditent ainsi les photos, les textes et les sons qui seront mobilisés pour la représentation.

Fabriquer dans l’espace public

Les trois transects du premier atelier ont été fabriqués et restitués le 18 juin sur l’Esplanade de la Musique (Montpellier). Dans l’espace public, nous avons installé des grandes feuilles sur des « tables longues » (Tixier et al. 2015). En partant d’une feuille blanche, nous fabriquons une représentation de la marche en mobilisant les paroles d’habitants (retranscrites), les photographies, des données cartographiques, le dessin, les notes prises, voire des extraits sonores diffusés par une enceinte.

La fabrique dans l’espace public suscite des échanges avec les passants et habitant.e.s du lieu, intrigué.e.s par l’évènement ou la question traitée ; ces dernier.e.s alimentent la représentation avec leurs propres réactions à propos de ce qui est déjà écrit ou posé sur la table. Ils peuvent ajouter des commentaires, proposer des nouveaux récits.

Cette situation de mise en débat des enjeux autant que des acteurs a l’avantage, par la présence de la coupe devant soi ou entre soi, de toujours garder le contexte au cœur des échanges (Tixier et al. 2015).

Les cinq transects ont été également restitués en salle lors d’un séminaire public en octobre 2022, à la Maison pour Tous Léo Lagrange (quartier La Mosson), co-organisé avec la Ville et la Métropole de Montpellier. Ils ont aussi fait l’objet d’un atelier de synthèse et recommandations avec des élus et techniciens de la Ville et de la Métropole à l’Espace Gisèle Halimi en octobre 2022 (Montpellier).

Pour en savoir plus sur le programme du séminaire

Restitutions publiques

Les restitutions publiques sur l’Esplanade de la Musique ont été filmées. Les films sont accessibles sur les pages des transects :